En bref
Les bois naturellement noirs sont rares : l’ébène, la grenadille, dans une moindre mesure le wengé, tous lourds, chers, et pour une partie inscrits à la CITES. La plupart des bois sombres de la décoration sont des bois noircis : teinte, ébonisation au vinaigre et au fer, ou surface brûlée. L’ébonisation ne marche que sur les bois riches en tanins, comme le chêne.
Le bois noir désigne deux matières très différentes : un bois noir dans toute son épaisseur, rare et précieux, et un bois courant noirci en surface. Le mot recouvre aussi une maladie de la vigne et un massif d’Auvergne, qui ne sont pas le sujet ici.
Noir dans la masse, ou noir en surface
Une essence noire dans la masse reste noire quand elle est rayée, poncée ou usée : la couleur est celle de la fibre, jusqu’au cœur. Un bois noirci n’a sa couleur que sur quelques dixièmes de millimètre, et le bois clair réapparaît au premier choc ou au premier ponçage.
Cette différence décide de l’usage. Un plateau de table ou une poignée, touchés tous les jours, montrent vite ce qu’il y a dessous. Un cadre, un pied de lampe ou un parement mural le montrent rarement.
Les essences naturellement noires
L’ébène vient de plusieurs espèces du genre Diospyros. Celle d’Afrique centrale est décrite d’un noir de jais à brun foncé. Dense, dure, elle se polit comme une pierre et sert en marqueterie, pour les touches d’instruments et les manches de couteaux.
La grenadille, ou ébène du Mozambique, appartient au genre des palissandres. Presque noir, très dense, il est recherché pour les clarinettes et les hautbois. Le wengé, brun très foncé veiné de noir, sert davantage en mobilier et en parquet.
| Essence | Couleur | Statut CITES |
|---|---|---|
| Ébènes de Madagascar (Diospyros) | Noir à brun très foncé | Annexe II depuis 2013 (grumes, bois sciés, placages) |
| Ébène d’Afrique (Diospyros crassiflora) | Noir de jais à brun foncé | Hors de l’inscription de 2013, limitée aux populations de Madagascar |
| Grenadille (Dalbergia melanoxylon) | Presque noir | Annexe II depuis 2016, instruments finis exemptés depuis 2019 |
| Wengé (Millettia laurentii) | Brun foncé veiné de noir | Non concerné par ces inscriptions |
L’inscription à l’annexe II de la CITES soumet le commerce international à un permis. Un meuble ou un objet en ébène de Madagascar doit pouvoir justifier son origine. Comme pour les essences exotiques rouges, un prix bas pour un bois rare est un signal à vérifier.
La teinte : le plus simple, sur tous les bois
Une teinte à bois, à l’eau ou à solvant, ou une huile teintée, colore toutes les essences. Elle pénètre la surface sans la couvrir et laisse voir le veinage, ce qui la distingue d’une peinture noire.
La teinte prend d’autant plus régulièrement que le bois a été poncé de façon homogène. Un ponçage inégal donne des zones plus sombres là où les fibres sont ouvertes : voir comment poncer sans laisser de traces. La teinte seule ne protège pas : un vernis, une huile ou une cire la recouvre ensuite.
L’ébonisation : le fer contre les tanins
L’ébonisation noircit le bois par une réaction chimique, sans pigment. Un mélange de vinaigre et de laine d’acier, laissé plusieurs jours dans un récipient fermé, se charge de fer. Appliqué au pinceau, il réagit avec les tanins du bois, et la surface fonce en quelques minutes.
L’ébonisation ne fonctionne que sur les bois riches en tanins, comme le chêne et le châtaignier. Sur le sapin, le pin, le hêtre ou le frêne, elle ne donne qu’une teinte grise ou brunâtre. Un essai sur une chute du même bois évite une mauvaise surprise.
La vidéo ci-dessous compare le même mélange sur six essences : le chêne et le châtaignier noircissent, les résineux et les feuillus pauvres en tanins restent gris.
Le noir obtenu reste dans les fibres de surface, sans film : il garde le toucher du bois brut. Une finition à l’huile ou à la cire le fixe et l’approfondit.
Le bois brûlé en surface
La technique japonaise du bois brûlé, appelée yakisugi ou shou sugi ban, carbonise la surface d’une planche à la flamme. La couche de charbon forme des écailles craquelées, d’un noir mat, que la brosse métallique retire plus ou moins selon l’effet recherché.
Brossé légèrement, le bois garde une texture de charbon qui noircit les doigts ; brossé davantage, il révèle le veinage en relief. Une huile fixe la surface. Cette finition convient mieux à un parement ou à un bardage qu’à un meuble touché tous les jours.
Ce que le noir montre avec le temps
Le noir révèle la poussière, les traces de doigts et les rayures plus que toute autre couleur de bois. Sur un bois noirci, chaque rayure profonde laisse apparaître la couleur d’origine.
Au soleil, les teintes et les huiles teintées peuvent pâlir et tirer vers le brun. Une retouche à l’huile teintée se fait sans poncer tout le meuble ; une ébonisation se reprend localement avec le même mélange. Un bois noirci ne supporte pas un ponçage profond sans perdre sa couleur.
Avant de noircir
Identifiez l’essence du bois, faites un essai sur une chute, choisissez l’ébonisation pour le chêne et le châtaignier, la teinte pour les autres, et réservez le bois brûlé aux surfaces peu touchées. Pour une essence précieuse, demandez son origine.
Sources
- CITES, annexe II : Diospyros spp. (populations de Madagascar), CoP16, 2013 ; Dalbergia spp., CoP17, 2016, annotation #15 en vigueur depuis le 26 novembre 2019
- CITESwoodID, fiches Diospyros et Dalbergia melanoxylon

