En bref
Parmi les plantes grasses d’extérieur, la joubarbe et l’orpin d’automne tiennent sous -20 °C, le pourpier de Cooper autour de -5 à -10 °C ; l’agave d’Amérique, l’échéveria, l’arbre de jade et l’aeonium ne passent pas le gel d’un hiver humide. L’eau de l’hiver les tue plus que le froid : un sol à moitié minéral et un pot qui sèche décident de leur survie.
Pourquoi l’humidité est l’ennemie, puis les espèces à laisser dehors et celles à rentrer, le sol, le pot, et l’eau au fil des saisons.
L’eau de l’hiver, plus redoutable que le froid
Une plante grasse stocke l’eau dans ses feuilles charnues et ses tiges : c’est ce réservoir qui la fait tenir des semaines sans pluie, en plein soleil. L’hiver, il devient sa faiblesse.
Des racines qui baignent dans une terre froide et détrempée s’asphyxient et pourrissent, et la pourriture remonte vers le collet puis dans la rosette. Le froid sec, sur un sol qui ressuie vite, fait bien moins de dégâts.
Même la joubarbe, la plus rustique de toutes, se protège de l’excès d’humidité hivernale selon sa fiche botanique. La plante grasse supporte le gel bien plus facilement que les pieds dans l’eau.
Les plantes grasses à laisser dehors, celles à rentrer
La Royal Horticultural Society britannique classe chaque plante de H1 à H7 selon la température minimale qu’elle supporte. Ses classes ont l’avantage d’être établies pour des hivers longs et mouillés, ceux qui tuent les succulentes.
| Plante | Classe | Minimum supporté | Dehors toute l’année |
|---|---|---|---|
| Joubarbe des toits (Sempervivum tectorum) | H7 | Sous -20 °C | Oui : pleine terre, rocaille, muret ou pot |
| Orpin d’automne (Hylotelephium spectabile, ex-Sedum spectabile) | H7 | Sous -20 °C | Oui : les tiges sèchent l’hiver, la souche repart |
| Pourpier de Cooper (Delosperma cooperi) | H4 | -10 à -5 °C | Oui sous un hiver doux et dans un sol très drainant ; ailleurs, à l’abri |
| Agave d’Amérique (Agave americana) | H2 | 1 à 5 °C, pas de gel | Non sous un hiver humide : à rentrer ou abriter |
| Échéveria (Echeveria elegans) | H2 | 1 à 5 °C, pas de gel | Non : dehors l’été seulement |
| Arbre de jade (Crassula ovata) | H2 | 1 à 5 °C, pas de gel | Non : dehors l’été seulement |
| Aeonium (Aeonium arboreum) | H1c | 5 à 10 °C | Non : dehors quand les nuits restent douces |
L’agave d’Amérique montre l’écart entre ces classes et les étiquettes : plusieurs vendeurs lui prêtent -15 °C, quand la classification britannique la juge incapable de passer un gel. Entre les deux, l’humidité de l’hiver.
Un agave planté au pied d’un mur sud, dans un sol de cailloux, sous un climat méditerranéen, ne vit pas l’hiver d’un agave en terre lourde et pluvieuse. Le degré de l’étiquette suppose le premier.
Le sol : moitié terre, moitié minéral
Une terre de jardin ordinaire garde l’eau trop longtemps pour une succulente, et une terre argileuse la garde tout l’hiver. La réponse tient dans la matière qu’elle reçoit en mélange.
- Planter au printemps, une fois les gelées passées, pour laisser à la plante une saison entière pour s’enraciner.
- Creuser large et mêler la terre du trou, à parts égales, à un matériau minéral : pouzzolane, gravier ou sable horticole, jamais de sable de mer, chargé de sel.
- En terre lourde, surélever : une butte, une rocaille ou un muret éloignent l’eau du collet.
- Arroser une fois à la plantation, puis laisser la terre sécher.
- Couvrir le sol d’un paillage minéral, gravier, pouzzolane ou éclats d’ardoise, jamais de copeaux de bois, qui gardent l’humidité au pied.
Un mur exposé au sud rend la nuit la chaleur reçue le jour et abrite des pluies battantes : c’est la place des moins rustiques de la liste. La paysagiste de la vidéo ci-dessous présente les espèces qui tiennent au gel et ce mélange moitié terre, moitié minéral.
En pot : la matière du contenant décide
Une terre cuite laissée brute reste poreuse : l’eau de la motte traverse la paroi et s’évapore à l’air, la terre sèche plus vite entre deux arrosages, et la paroi se couvre avec le temps de traces blanches de sels. Pour une plante grasse, c’est la matière idéale.
Un pot émaillé, un grès vitrifié ou un plastique ne laissent rien passer : l’eau ne sort que par le trou du fond. Sans trou de drainage, aucune plante grasse ne tient, et une soucoupe restée pleine après la pluie rend par le fond ce que le trou a évacué.
En pot, la rusticité perd de sa valeur. La motte gèle par tous les côtés à la fois, sans la masse de la pleine terre autour des racines : seul le volume de terre d’un pot les protège.
La même classification le précise : dès la classe H4, les plantes en pot sont plus vulnérables, et même au-delà de H5 elles courent un risque accru. Un pourpier de Cooper en pot se met à l’abri pendant les grands froids.
L’eau au fil des saisons
L’été, une plante grasse installée en pleine terre se passe presque d’arrosage. En pot, elle se mouille abondamment quand le substrat est sec sur toute sa hauteur, puis plus rien jusqu’au dessèchement suivant.
L’hiver, l’arrosage s’arrête pour les pots restés dehors, rangés sous un auvent ou un débord de toit, à l’abri de la pluie. Les espèces gélives rentrent dès que les nuits approchent de 5 °C, un peu plus tôt pour l’aeonium, dans une pièce lumineuse, près d’une fenêtre, loin d’un radiateur, et presque au sec.
Une feuille devenue translucide, molle sous le doigt ou noircie à la base signale un excès d’eau, pas une soif : arroser davantage achève la plante. Le substrat se laisse sécher, les parties pourries se coupent au sécateur propre.
Avant d’acheter : la classe, le sol, le contenant
Lire la classe de rusticité plutôt que le degré de l’étiquette, préparer une terre à moitié minérale, choisir un pot de terre cuite percé. Pour le reste, la plante grasse ne demande que du soleil, et d’être laissée au sec.
Sur une terrasse plein sud, elle voisine bien avec les autres plantes qui tiennent au plein soleil, à condition de ne pas partager leur arrosage.
Sources
- RHS (Royal Horticultural Society), « RHS hardiness rating »
- RHS, fiche Sempervivum tectorum
- RHS, fiches Hylotelephium spectabile et Delosperma cooperi
- RHS, fiches Agave americana, Echeveria elegans, Crassula ovata et Aeonium arboreum

